Blog de l'Association La Roustide Cours Julien (Marseille)
« La soupe aux choux mon Blaise, ça parfume jusqu'au trognon, ça fait du bien partout où qu'elle passe dans les boyaux. Ça tient au corps, ça vous fait même des gentillesses dans la tête. Tu veux qu't'y dise : ça rend meilleur. »
René Fallet
Encensé dès l'Antiquité et ce jusqu'à la fin du XVIII ème siècle, pour ses qualités nutritives et médicinales, le chou si prisé a subi la vague de scepticisme du XIX ème siècle pour devenir le chou mal aimé. Perdant de sa splendeur, il est tombé en désuétude. Il doit sa rédemption au XX ème siècle, qui remettra au goût du jour ses propriétés si exceptionnelles. Pour preuve de ses bienfaits, un frugal repas quotidien à base de chou et d'eau claire, aurait amené le célèbre Diogène à fêter ses 90 printemps ! Fervent admirateur de ce légume, je me devais de participer à la restauration de son blason et c'est d'un chou héroïque et chéri de tous, que nous traiterons ici.

Le chou salvateur :
Le bilan d'études oncologiques récentes met en exergue le chou commun, plus connu sous le nom de Brassica oleracea. En effet celui-ci, serait une véritable panacée, le nouveau remède miracle, après l'eau bénite, dans la lutte contre le cancer du poumon. Il aurait la propriété, grâce à ces isothiocyanates dégradés lors de la cuisson, d'abaisser significativement les risques de ce cancer, pour une consommation bihebdomadaire. En extrapolant, une consommation quotidienne de chou permettrait de fumer en toute sérénité, ad libitum, sans augurer un avenir des plus désagréables. Ainsi tout fumeur, attentif à sa santé, mais dans l'impossibilité de cesser cette addiction, n'aura qu'à se munir d'un panier et récolter des choux quotidiennement au marché (ou AMAP une fois par semaine).
Nouvelle accueillie avec enthousiasme de la part des manufacturiers du tabac et des acteurs de la santé publique, le chou s'inscrira dans un avenir proche, à n'en pas douter, dans une campagne de prévention. Par le truchement de ce chou réconciliateur, le brandon de la discorde s'est éteint pour la première fois, entre ces deux camps adversaires de toujours. À tel point, qu'ils envisagent de collaborer dans le même but louable : la diffusion massive dans les menus des français des crucifères pour la sauvegarde des fumeurs français.
Le but des manufacturiers est des plus clairs : grâce au chou,maintenir en vie sa clientèle. « Et un client vivant, ce sont des bénéfices importants » devise d'un PDG, inspirateur du film « Thanks you for smoking ».
Mais les apparences sont trompeuses, car l'engraissement le plus adipeux n'est pas pour celui qu'on croit. Car pour les professionnels de la santé, représentants de l'Etat, plusieurs raisons les incitent à œuvrer dans ce sens :
. Un fumeur en vie, reste un homo œconomicus qui contribue au PIB français. (la prescription de chou sera interdite aux RMIstes et chômeurs de longue durée, voire aux handicapés).
. Un fumeur en vie, reste un adepte du tabac. L'Etat en ayant le monopole, les taxes ne désempliront pas.
. Un fumeur en vie, après le martellement médiatique prévu sur la consommation du chou, deviendra un coutumier de la soupe au chou. Par cet acte, il contribuera au développement de l'agriculture française, et en particulier de ce légume bienfaiteur de l'humanité. En effet, le chou, légume volumineux, dense et nutritif, est réputé être l'aliment qui donne la plus grande quantité de matière comestible au mètre carré cultivé. Il en est donc le plus rentable.
. Un fumeur en vie, de surcroit en santé, c'est autant de cancéreux en moins, mais surtout c'est une manne économique non négligeable : l'argent économisé grâce à ces cancers épargnés s'élèverait à 390 000 000 € ! En se basant sur les faits que le cancer du poumon (il doit aiguiser sa faux régulièrement) entraîne 30 000 morts par an et une prise en charge de 13 000 € par malade. Coquette somme me direz vous ! Qui serait du plus bel effet dans le budget de la sécurité sociale !
D'ores et déjà, L'INPES et le Ministère de la Santé, travaillent intensément sur le sujet, et souhaitons qu'un bref délai nous sépare de la mise en place du plan d'incitation chou-tabac.
Un de ces points principaux concernent les magasins tabac-presse. Accoutumés à vendre de vulgaire « feuille de chou », ils pourront se targuer dorénavant d'offrir le véritable légume pour toute cartouche achetée.
Mais toute innovation, entraîne son lot de laissés-pour-compte. Et pour une fois, ce ne sont pas les ouvriers qui vont être touchés mais des cadres de santé : les cancérologues, faute de patients, se verront contraints au chômage technique. Le Ministère, dont la myopie avancée l'oblige à voir sur un court terme, se penche activement sur leur cas et envisage de les délocaliser là, où le tabac fait rage et où le chou reste méconnu.
Le chou épicurien :
« Si dans un banquet tu veux boire et manger beaucoup et sans inquiétude, prends avant le repas du chou, autant qu’il te plaît, avec du vinaigre… »
Caton (234-149 av J.C.)
Même avant J.C., on connaissait les vertus digestives du chou! Et son utilisation avant tout banquet orgiaque était des plus préconisée. D'ailleurs, à ce propos, écoutons Pétrone, épicurien courageux mais pas téméraire, qui par de savantes astuces s'évitent bien des ennuis gastriques :
« Avant toute libation, je prend soin de mon corps (était-ce un métrosexuel avant l'âge ?): une mono diète uvale durant trois jours. Massages stomacaux journaliers et exercices de mastication. Coloscopie. Quelques heures avant, je mange mon chou (non, pas Giton !) sur un filet de vinaigre. Durant le repas, je m'accorde quelques pauses au vomitorium, et les trous barbares (et non normands, nous sommes au temps des romains) sont les bienvenus. Pour clore les débats, je rétablit mon équilibre corporel par un régime herbivore. »
Texte extrait d'un manuscrit romain considéré (à tort?) comme apocryphe.
En résumé, pour tous les hédonistes et épicuriens, pensez à manger du chou avant d'entamer les festivités.
L'origine du chou :
L'ancêtre sauvage du chou est originaire de l'ouest de l'Europe, où il pousse encore spontanément au bord de l'océan (côtes sud-ouest pour la France). Les Chinois surent le conserver dans la saumure, et les allemands le fermenter dans cette dernière pour obtenir la choucroute. Dans l'Antiquité, les peuples mongoles le ramenèrent en Europe où son succès ne se fit pas attendre.
Pour ce qui est de l'évolution à travers les âges du chou et de ses nombreuses formes, je vous oriente vers le texte de Jean-Henri Fabre, entomologiste de renom, d'une finesse et d'une splendeur rare, mêlant un brin de poésie, à un fétu de botanique. De quoi, réconcilier tout un chacun avec cette science et cet art si mésestimés.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chou_commun
Le chou de Bruxelles est quant à lui, le reflet des débuts de l'agriculture intensive. Au XVIIème siècle, face à la démographie croissante de Bruxelles, les terres arables alentours étant déjà toutes allouées à l'agriculture, il fallut toute l'ingéniosité des obtenteurs pour répondre à cette demande exponentielle de bouches à nourrir. Le m² étant complet, le m³ devait être investi. Ils créèrent donc un cultivar de chou qui croissait verticalement. Une effluve d'orgueil émane de cette pensée tridimensionnelle, certains historiens y voyant une volonté gouvernementale de montrer que le « plat pays » pouvait gagner les hauteurs.
Si les enfants naissent dans les choux, c'est bien la faute aux grecs. Insatisfaits de l'origine de la vie par les cigognes, ils ont cru bon de créer leur propre légende. Les grecs servaient une soupe au chou aux jeunes mariés le matin de leur nuit de noces. Après avoir consommé le fruit défendu, il dégustait ce légume fertilisateur.
Conseil d'un vieux loup de mer édenté :
Le chou, riche en vitamine C, roboratif, permit de lutter contre le scorbut marin. On ne saura trop recommander aux abonnés du ferry boat de prendre en compte ces considérations.
Conseil AMAPien :
La cuisson prolongée du chou provoque la libération de composés soufrés malodorants. Pour les éviter, il faut le cuire dans un grand excès d'eau bouillante et l'égoutter dès qu'il est cuit.
Conseil militaire d'un zouave du XIV ème siècle :
A tous les stratèges guerriers, adeptes d'une méthode moyenâgeuse, sachez que les guerres se gagnaient ou se perdaient selon les aléas de l'approvisionnement en chou des cantonnements de l'armée.
« En juin, juillet et août, - ni femme, ni chou »
livre des dictons