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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 14:01

 



« Les vieux adorent manger des cacahuètes. Ça leur rappelle leur dent. »

                                                                                                          Jean Yanne

 

 


In cacaguate veritas

 

« Les français aiment les cacahuètes à l'apéritif

J'aime les cacahuètes

Donc je suis français»

 

            Ce syllogisme pourrait quasiment résumer à lui seul l'attachement qu'ont les français en faveur de la cacahuète. Friandise autant appréciée de nos pachydermes que de l'occidental européen, l'arachide est l'élément incontournable de ce moment convivial. Élevée au rang d'offrande divine, des métaphores flatteuses lui ont été adressés par les poètes adeptes de la « fée verte » : un apéritif sans cacahuètes, c'est comme une porte sans chambranle, comme un cyclotron sans électron, comme un russe sans vodka, comme un PMUiste sans nez crevassé rouge... bref, l'omission d'une profusion d'arachides serait faire preuve d'un manque de savoir vivre regrettable.

 

La cacahuète est omniprésente à travers le monde :

            - L'occident, ayant une prépondérance à tendre vers la pensée unique, n'envisagent la  cacahuète que dans trois types de consommation : cuite pour « l'apéro »  (utilisation quasi exclusive en Europe),  en beurre aux États-Unis et enfin, utilisé dans sa forme la plus vulgaire d'huile pour friture (en désuétude actuellement, huile de colza ou de tournesol lui étant préférées).

            - L'orient octroie une place plus noble à l'arachide en l'incorporant à ses plats de résistance. (sautée au wok pour rehausser les légumes ou poulets, elle est également incorporée en beurre dans les sauces asiatiques)

            - En Afrique, elle rentre dans la composition de nombreux plats dont un des plus célèbres : le mafé.

            - Aux Antilles, on l'apprécie en la mélangeant avec du caramel, pour donner le « nougat pays » ou « nougat pistache », en référence à son appellation locale de « pistache de terre ».

 

            Ce don d'ubiquité qui en fait sa renommée mondiale, lui impose une kyrielle de sobriquets qui participe à la confusion ambiante. Un défrichage étymologique de la cacahuète et de l'arachide est des plus judicieux afin de mieux appréhender ses subtilités.

 

 

L'étymologie : 

              

            Pour le vocable cacahuète, son étymologie est le corollaire de ses origines sud-américaines. Elle proviendrait du mot aztèque tlacacahualt, de tlalli « terre » et cacahualt « cacao », et a été véhiculée en Europe par l'intermédiaire conquistador : cacaguate. Ainsi, de par l'héritage aztèque, considérons nous la cacahuète comme du cacao de terre. Mais tous les pays n'adhèrent pas à cette version cacaotée, et chacun se targue de sa propre comparaison. Ainsi, pour l'Allemagne et la Suisse Alémanique, elle est nommée respectivement Erdnuß, littéralement « noisette de terre » et Spanische Nuss, noix espagnole. Le botaniste éclairé, soulignera la gravité d'un tel acte et l'ignorance des germanophones. C'est d'une rime que je pourfends ces idées préconçues :

                                               « Considérée à tort pour une noix, elle est de la famille des pois .»

Ainsi, touchons nous à la classification officielle de la cacahuète, qui est bel et bien une légumineuse, cousine des haricots blancs.


            L'hybride anglais, peanuts, oscille entre le préjugé et la vérité, avec nuts pour « noix » et pea pour « pois », et nous prouve que le britannique, à l'instar du normand, manipule l'ambivalence avec courtoisie, satisfaisant les deux camps opposés dans une vérité approximative.


            On remarquera pour autant qu'avec ces suppléments d'exemples (portugais : Amendoin, petite amande, aux Antilles françaises : pistache de terre, ... et je vous épargnerai la version bulgare : ФƂCƬƂƘ), que chaque peuple opte pour une nomination de la cacahuète par comparaison avec sa flore locale. Pour cette gousse bi-sphérique, et dans un souci de morale pudique, il est heureux qu'il en soit ainsi : le référentiel floral est préférable à celui du corps humain.


            Je terminerai cette liste non exhaustive par cet élan de poésie chinoise, à qui j'attribue la palme du peuple poète avec son lo hua sheng, signifiant «la fleur tombante qui donne naissance», qui pourrait prêter à l'ironie par son côté emprunté, style inimitable chinois, s'il ne reflétait pas une profonde connaissance en botanique. En effet, l'appellation chinoise vulgarise poétiquement le système de germination de l'arachide, qui est de nature sophistiqué[1]. Sous les chaleurs estivales, la fleur de l'arachide tire sa révérence pour donner naissance au gynophore, l'équivalent du cordon ombilical floral, (son étymologie est là pour l'attester gyné : femme, phore : qui porte), porteur de l'ovaire fécondé. Ce dernier nécessitant un endroit humide et obscur pour prospérer, le gynophore débonnaire, par l'entremise d'un géotropisme positif, se dirige vers le sol pour enfouir son trésor. Là, à l'abri de ce monde de brute et de la musique de Mireille Mathieu, dans son cocon protecteur, le foetus deviendra homme, l'ovaire, cacahuète.

 

            Pour le mot arachide, deux écoles s'affrontent quant à son origine. L'école péripatéticienne s'orienterait vers une origine helléniste, arakos, qui signifierait « pois chiche », sans toutefois en être sûr. L'école pataphysicienne opterait plutôt pour une origine arabe, dérivée d'un courant artistique. Le peintre Rachid Ali, grand amateur de nature morte à l'huile, est d'une grande renommé au Maghreb. Il aurait créé une grande ferveur autour de sa pratique. Et tous ceux qui s'essayèrent à le pasticher par des peintures à l'huile furent nommer les huiles d'Art-Rachid.


            A l'heure actuelle, une lutte picrocholine sévit ardemment dans le microcosme de l'étymologie, et l'issue du combat étant incertaine, nous incite à la plus grande prudence quant à la détermination d'une seule origine pour arachide.

 

 

L'arachide, nouvelle unité de mesure ?

 

            La cacahuète peut aussi être un critère d'évaluation du volume crânien, se partageant le marché avec le pois chiche. A titre préventif, je tiens à mettre en garde le vulgum pecus que cette comparaison ne peut être perçu à titre de compliment, même pour les amateurs d'arachide. Et, si un jour, un malotru valeureux suppute que votre masse cérébrale s'apparente à cette légumineuse, vous saurez que vous êtes en terrain hostile.


            Si de valeureux il passe à la témérité en osant renchérir par cette réplique supposée péremptoire: "il a deux noix en bas et une cacahuète en haut ! C’est un véritable noyer ambulant ![2]", ne vous laissez pas intimider par son verbe haut, car grâce à vos nouvelles connaissances en matière d'arachide, vous avez la répartie nécessaire pour faire face :


            "Monsieur, votre argumentaire si plaisant soit-il, m'apparaît bien insidieux, et pour votre gouverne, je tiens à rétablir l'ordre des choses : la cacahuète n'appartient pas aux juglandacées[3]mais bel et bien aux fabacées. De plus elle se distincte de la noix par son origine floral : arbre pour l'une, plante pour l'autre. Vous conviendrez avec moi que dorénavant vous emploierez plutôt noisette, plus proche de la noix, pour qualifier un individu pleutre et ignare. Mais j'aimerais m'attarder également sur une des caractéristiques de l'arachide, à savoir sur le gynophore qui...".

 

 

            Méfiez-vous de sa riposte, une attaque verbale chauffée à blanc, peut provoquer le brandon de la discorde en se concluant généralement par l'envoi d'un marron (famille des fagacées).

 

 

L'incurie sous la gousse :

 

             Sous ses apparence de plante miracle, la cacahuète peut engendrer quelques désagréments épidémiologiques : notamment les redoutables aflatoxines dues à des moisissures dans les stocks.


            Cependant, un fait récurrent inquiète davantage les autorités publiques. Certains le prennent pour vérité absolue, d'autres pour une légende urbaine : les ramequins de cacahuètes sur les tables et comptoirs des bars contiendraient x traces d'urines (le nombre variant en fonction de la longueur de la chaîne humaine de la rumeur, de l'ampleur de la soirée, et du taux d'alcool).


            Cette histoire écumant généralement les tavernes mal famées, elle est contée par quelques joyeux ivrognes en quête d'ouailles généreux. Le spectateur quelque peu alcoolisé,  se laisse envoûter par cette narration audacieuse et originale. Admirant tant d'élocution, il convient qu'un candide aurait pu s'y laisser piéger. L'orateur sentant son public conquis et proche de l'offrande tant méritée, porte l'estocade : pour convaincre son auditoire, il appuie son argumentation sous l'égide d'une étude scientifique. La brume féerique et les vapeurs d'éther qui berçaient les convives ébahis, se dissipent sous le souffle de cet argument irrecevable.  Le scepticisme s'empare des auditeurs doutant de l'existence d'une étude aussi saugrenue. La plupart des quidams en sont restés à cette réflexion : légende urbaine ou réalité incroyable ?


            Je tiens ici à démasquer les faux semblants et je vous répondrai que parfois la réalité dépasse la fiction. Ainsi, je tiens à remercier chaleureusement le Pr F.Saldmann, qui a publié cette étude dans son livre « Les nouveaux risques alimentaires » paru en 1997[4]. Grâce à lui, une sordide appréhension est le corollaire indissociable de chaque poignée de cacahuètes.

           

            Hormis les coprophiles qui ont accueilli cette nouvelle avec enthousiasme, le Pr Saldmann a subi la fronde du syndicat des professionnels de l'arachide. C'est un véritable maelström qui a secoué le petit monde de l'arachide, et le syndicat, représenté par son homme de main influent, M. Jimmy Carter, producteur américain d'arachide et accessoirement 39ème président des USA a publié ce communiqué officiel pour ôter tout soupçon :

 

             " Notre syndicat émet quelques réserves quant à la rigueur scientifique déployée par le Pr Saldmann pour obtenir un tel résultat. Nous tenons ici à certifier que nos arachides sont vendues sans colorant, sans arôme et sans urine. Bien que des  tests en laboratoire aient été effectués, l'urine s'est révélée un piètre conservateur. De plus, elle s'est avérée  d'un pouvoir gustatif extrême, imprégnant la cacahuète, d'un goût de pissotière citadine. Sélectionnant des cobayes potomanes, nous avons bien essayé de les abreuver abondamment pour obtenir une urine claire, sans odeur ni goût, le résultat n'a pas correspondu à nos attentes initiales. Quelques conséquences fâcheuses sont intervenues par la suite : les goûteurs, devenus anosmique et agueusique suite à une exposition prolongée aux relents uréiques, ont porté plainte pour abus de confiance. Le poids en cacahuètes offert à chaque plaignant nous a permis d'étouffer l'affaire. Bref, ce n'est pas nous; l'urine est indépendante de notre volonté. Par conséquent, nous nous indignons du manque d'hygiène des consommateurs."

 

 

Désir suprême :

 

            Se dédouanant de toutes responsabilités sur ce fait, ils proposent de distribuer gratuitement des sachets individuels sous vide pour rassurer la population.


            Cette générosité suspicieuse, n'émane pas de leur philanthropie mais se base sur les vices  humains pour en tirer quelques subsides. En effet, la cacahuète est aussi le vecteur d'impulsions alimentaires prononcées. L'addiction culmine à ces deux extrêmes : l'hyper-salinité et l'hyper-sucrant, se concrétisant sur le plan culinaire, par ces deux exemples : les cacahuètes pour l'apéritif salées à outrance, et celle enrobées de caramel, communément appelées « chouchou ».


            L'addiction à la pinote[5] est souvent couplée à celle télévisuelle; l'espace de temps libre cérébral étant accaparé par la TV, l'espace stomacal libre est copieusement comblé sous une pluie d'arachides. L'addiction ne s'arrêtant qu'à saturation ou raréfaction de la matière première. Quelques illustres personnages, ont succombé aux sirènes de la tentation, notamment Orson Welles qui nous le témoigne avec franchise : « Je hais la télévision. Je la hais autant que les cacahuètes. Mais je ne peux m'arrêter de manger des cacahuètes. »

 


            Cet article l'atteste, la cacahuète mène à tout : poésie, coprophilie, apéritif, président des Etats-Unis, addiction alimentaire,... mais le bouquet final est détenu par  M. Benjamin[6], qui soutient la thèse que l'arachide implantée au Sénégal au XX ème siècle, sous le joug du colonialisme français, aurait été un facteur d'expansion de l'islam. Suite à ce prosélytisme floral réussi, les fervents adeptes ayant vu un symbole messianique dans cette plante, créèrent cette locution latine, traduite de l'arabe : In cacaguate veritas [7].

 

 

« Le contenu d'une cacahuète est suffisant pour que deux amis puissent le partager. »

                                                                                              Proverbe burkinabé

 

 

                                                                                                                                 Guirec


[1] Se calquant sur ce modèle, notre comité de défense des légumineuses propose de renommer la cacahuète: "entremet d'apéro qui donne soif"

[2] Réplique tirée du film Snatch dont voici la version officielle : « il a deux noix en bas et une noisette en haut ! C'est un véritable noisetier ambulant! »

[3] Famille des noix

[4] Le lecteur notera ici que le nombre de traces d'urine officielle est de 14

[5] Version québécoise de la cacahuète

[6] Voir le site : http://www.oboulo.com/mouridisme-culture-arachide-56014.html

[7] Tiré de la locution latine : In vino veritas


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