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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 14:01

 



« Les vieux adorent manger des cacahuètes. Ça leur rappelle leur dent. »

                                                                                                          Jean Yanne

 

 


In cacaguate veritas

 

« Les français aiment les cacahuètes à l'apéritif

J'aime les cacahuètes

Donc je suis français»

 

            Ce syllogisme pourrait quasiment résumer à lui seul l'attachement qu'ont les français en faveur de la cacahuète. Friandise autant appréciée de nos pachydermes que de l'occidental européen, l'arachide est l'élément incontournable de ce moment convivial. Élevée au rang d'offrande divine, des métaphores flatteuses lui ont été adressés par les poètes adeptes de la « fée verte » : un apéritif sans cacahuètes, c'est comme une porte sans chambranle, comme un cyclotron sans électron, comme un russe sans vodka, comme un PMUiste sans nez crevassé rouge... bref, l'omission d'une profusion d'arachides serait faire preuve d'un manque de savoir vivre regrettable.

 

La cacahuète est omniprésente à travers le monde :

            - L'occident, ayant une prépondérance à tendre vers la pensée unique, n'envisagent la  cacahuète que dans trois types de consommation : cuite pour « l'apéro »  (utilisation quasi exclusive en Europe),  en beurre aux États-Unis et enfin, utilisé dans sa forme la plus vulgaire d'huile pour friture (en désuétude actuellement, huile de colza ou de tournesol lui étant préférées).

            - L'orient octroie une place plus noble à l'arachide en l'incorporant à ses plats de résistance. (sautée au wok pour rehausser les légumes ou poulets, elle est également incorporée en beurre dans les sauces asiatiques)

            - En Afrique, elle rentre dans la composition de nombreux plats dont un des plus célèbres : le mafé.

            - Aux Antilles, on l'apprécie en la mélangeant avec du caramel, pour donner le « nougat pays » ou « nougat pistache », en référence à son appellation locale de « pistache de terre ».

 

            Ce don d'ubiquité qui en fait sa renommée mondiale, lui impose une kyrielle de sobriquets qui participe à la confusion ambiante. Un défrichage étymologique de la cacahuète et de l'arachide est des plus judicieux afin de mieux appréhender ses subtilités.

 

 

L'étymologie : 

              

            Pour le vocable cacahuète, son étymologie est le corollaire de ses origines sud-américaines. Elle proviendrait du mot aztèque tlacacahualt, de tlalli « terre » et cacahualt « cacao », et a été véhiculée en Europe par l'intermédiaire conquistador : cacaguate. Ainsi, de par l'héritage aztèque, considérons nous la cacahuète comme du cacao de terre. Mais tous les pays n'adhèrent pas à cette version cacaotée, et chacun se targue de sa propre comparaison. Ainsi, pour l'Allemagne et la Suisse Alémanique, elle est nommée respectivement Erdnuß, littéralement « noisette de terre » et Spanische Nuss, noix espagnole. Le botaniste éclairé, soulignera la gravité d'un tel acte et l'ignorance des germanophones. C'est d'une rime que je pourfends ces idées préconçues :

                                               « Considérée à tort pour une noix, elle est de la famille des pois .»

Ainsi, touchons nous à la classification officielle de la cacahuète, qui est bel et bien une légumineuse, cousine des haricots blancs.


            L'hybride anglais, peanuts, oscille entre le préjugé et la vérité, avec nuts pour « noix » et pea pour « pois », et nous prouve que le britannique, à l'instar du normand, manipule l'ambivalence avec courtoisie, satisfaisant les deux camps opposés dans une vérité approximative.


            On remarquera pour autant qu'avec ces suppléments d'exemples (portugais : Amendoin, petite amande, aux Antilles françaises : pistache de terre, ... et je vous épargnerai la version bulgare : ФƂCƬƂƘ), que chaque peuple opte pour une nomination de la cacahuète par comparaison avec sa flore locale. Pour cette gousse bi-sphérique, et dans un souci de morale pudique, il est heureux qu'il en soit ainsi : le référentiel floral est préférable à celui du corps humain.


            Je terminerai cette liste non exhaustive par cet élan de poésie chinoise, à qui j'attribue la palme du peuple poète avec son lo hua sheng, signifiant «la fleur tombante qui donne naissance», qui pourrait prêter à l'ironie par son côté emprunté, style inimitable chinois, s'il ne reflétait pas une profonde connaissance en botanique. En effet, l'appellation chinoise vulgarise poétiquement le système de germination de l'arachide, qui est de nature sophistiqué[1]. Sous les chaleurs estivales, la fleur de l'arachide tire sa révérence pour donner naissance au gynophore, l'équivalent du cordon ombilical floral, (son étymologie est là pour l'attester gyné : femme, phore : qui porte), porteur de l'ovaire fécondé. Ce dernier nécessitant un endroit humide et obscur pour prospérer, le gynophore débonnaire, par l'entremise d'un géotropisme positif, se dirige vers le sol pour enfouir son trésor. Là, à l'abri de ce monde de brute et de la musique de Mireille Mathieu, dans son cocon protecteur, le foetus deviendra homme, l'ovaire, cacahuète.

 

            Pour le mot arachide, deux écoles s'affrontent quant à son origine. L'école péripatéticienne s'orienterait vers une origine helléniste, arakos, qui signifierait « pois chiche », sans toutefois en être sûr. L'école pataphysicienne opterait plutôt pour une origine arabe, dérivée d'un courant artistique. Le peintre Rachid Ali, grand amateur de nature morte à l'huile, est d'une grande renommé au Maghreb. Il aurait créé une grande ferveur autour de sa pratique. Et tous ceux qui s'essayèrent à le pasticher par des peintures à l'huile furent nommer les huiles d'Art-Rachid.


            A l'heure actuelle, une lutte picrocholine sévit ardemment dans le microcosme de l'étymologie, et l'issue du combat étant incertaine, nous incite à la plus grande prudence quant à la détermination d'une seule origine pour arachide.

 

 

L'arachide, nouvelle unité de mesure ?

 

            La cacahuète peut aussi être un critère d'évaluation du volume crânien, se partageant le marché avec le pois chiche. A titre préventif, je tiens à mettre en garde le vulgum pecus que cette comparaison ne peut être perçu à titre de compliment, même pour les amateurs d'arachide. Et, si un jour, un malotru valeureux suppute que votre masse cérébrale s'apparente à cette légumineuse, vous saurez que vous êtes en terrain hostile.


            Si de valeureux il passe à la témérité en osant renchérir par cette réplique supposée péremptoire: "il a deux noix en bas et une cacahuète en haut ! C’est un véritable noyer ambulant ![2]", ne vous laissez pas intimider par son verbe haut, car grâce à vos nouvelles connaissances en matière d'arachide, vous avez la répartie nécessaire pour faire face :


            "Monsieur, votre argumentaire si plaisant soit-il, m'apparaît bien insidieux, et pour votre gouverne, je tiens à rétablir l'ordre des choses : la cacahuète n'appartient pas aux juglandacées[3]mais bel et bien aux fabacées. De plus elle se distincte de la noix par son origine floral : arbre pour l'une, plante pour l'autre. Vous conviendrez avec moi que dorénavant vous emploierez plutôt noisette, plus proche de la noix, pour qualifier un individu pleutre et ignare. Mais j'aimerais m'attarder également sur une des caractéristiques de l'arachide, à savoir sur le gynophore qui...".

 

 

            Méfiez-vous de sa riposte, une attaque verbale chauffée à blanc, peut provoquer le brandon de la discorde en se concluant généralement par l'envoi d'un marron (famille des fagacées).

 

 

L'incurie sous la gousse :

 

             Sous ses apparence de plante miracle, la cacahuète peut engendrer quelques désagréments épidémiologiques : notamment les redoutables aflatoxines dues à des moisissures dans les stocks.


            Cependant, un fait récurrent inquiète davantage les autorités publiques. Certains le prennent pour vérité absolue, d'autres pour une légende urbaine : les ramequins de cacahuètes sur les tables et comptoirs des bars contiendraient x traces d'urines (le nombre variant en fonction de la longueur de la chaîne humaine de la rumeur, de l'ampleur de la soirée, et du taux d'alcool).


            Cette histoire écumant généralement les tavernes mal famées, elle est contée par quelques joyeux ivrognes en quête d'ouailles généreux. Le spectateur quelque peu alcoolisé,  se laisse envoûter par cette narration audacieuse et originale. Admirant tant d'élocution, il convient qu'un candide aurait pu s'y laisser piéger. L'orateur sentant son public conquis et proche de l'offrande tant méritée, porte l'estocade : pour convaincre son auditoire, il appuie son argumentation sous l'égide d'une étude scientifique. La brume féerique et les vapeurs d'éther qui berçaient les convives ébahis, se dissipent sous le souffle de cet argument irrecevable.  Le scepticisme s'empare des auditeurs doutant de l'existence d'une étude aussi saugrenue. La plupart des quidams en sont restés à cette réflexion : légende urbaine ou réalité incroyable ?


            Je tiens ici à démasquer les faux semblants et je vous répondrai que parfois la réalité dépasse la fiction. Ainsi, je tiens à remercier chaleureusement le Pr F.Saldmann, qui a publié cette étude dans son livre « Les nouveaux risques alimentaires » paru en 1997[4]. Grâce à lui, une sordide appréhension est le corollaire indissociable de chaque poignée de cacahuètes.

           

            Hormis les coprophiles qui ont accueilli cette nouvelle avec enthousiasme, le Pr Saldmann a subi la fronde du syndicat des professionnels de l'arachide. C'est un véritable maelström qui a secoué le petit monde de l'arachide, et le syndicat, représenté par son homme de main influent, M. Jimmy Carter, producteur américain d'arachide et accessoirement 39ème président des USA a publié ce communiqué officiel pour ôter tout soupçon :

 

             " Notre syndicat émet quelques réserves quant à la rigueur scientifique déployée par le Pr Saldmann pour obtenir un tel résultat. Nous tenons ici à certifier que nos arachides sont vendues sans colorant, sans arôme et sans urine. Bien que des  tests en laboratoire aient été effectués, l'urine s'est révélée un piètre conservateur. De plus, elle s'est avérée  d'un pouvoir gustatif extrême, imprégnant la cacahuète, d'un goût de pissotière citadine. Sélectionnant des cobayes potomanes, nous avons bien essayé de les abreuver abondamment pour obtenir une urine claire, sans odeur ni goût, le résultat n'a pas correspondu à nos attentes initiales. Quelques conséquences fâcheuses sont intervenues par la suite : les goûteurs, devenus anosmique et agueusique suite à une exposition prolongée aux relents uréiques, ont porté plainte pour abus de confiance. Le poids en cacahuètes offert à chaque plaignant nous a permis d'étouffer l'affaire. Bref, ce n'est pas nous; l'urine est indépendante de notre volonté. Par conséquent, nous nous indignons du manque d'hygiène des consommateurs."

 

 

Désir suprême :

 

            Se dédouanant de toutes responsabilités sur ce fait, ils proposent de distribuer gratuitement des sachets individuels sous vide pour rassurer la population.


            Cette générosité suspicieuse, n'émane pas de leur philanthropie mais se base sur les vices  humains pour en tirer quelques subsides. En effet, la cacahuète est aussi le vecteur d'impulsions alimentaires prononcées. L'addiction culmine à ces deux extrêmes : l'hyper-salinité et l'hyper-sucrant, se concrétisant sur le plan culinaire, par ces deux exemples : les cacahuètes pour l'apéritif salées à outrance, et celle enrobées de caramel, communément appelées « chouchou ».


            L'addiction à la pinote[5] est souvent couplée à celle télévisuelle; l'espace de temps libre cérébral étant accaparé par la TV, l'espace stomacal libre est copieusement comblé sous une pluie d'arachides. L'addiction ne s'arrêtant qu'à saturation ou raréfaction de la matière première. Quelques illustres personnages, ont succombé aux sirènes de la tentation, notamment Orson Welles qui nous le témoigne avec franchise : « Je hais la télévision. Je la hais autant que les cacahuètes. Mais je ne peux m'arrêter de manger des cacahuètes. »

 


            Cet article l'atteste, la cacahuète mène à tout : poésie, coprophilie, apéritif, président des Etats-Unis, addiction alimentaire,... mais le bouquet final est détenu par  M. Benjamin[6], qui soutient la thèse que l'arachide implantée au Sénégal au XX ème siècle, sous le joug du colonialisme français, aurait été un facteur d'expansion de l'islam. Suite à ce prosélytisme floral réussi, les fervents adeptes ayant vu un symbole messianique dans cette plante, créèrent cette locution latine, traduite de l'arabe : In cacaguate veritas [7].

 

 

« Le contenu d'une cacahuète est suffisant pour que deux amis puissent le partager. »

                                                                                              Proverbe burkinabé

 

 

                                                                                                                                 Guirec


[1] Se calquant sur ce modèle, notre comité de défense des légumineuses propose de renommer la cacahuète: "entremet d'apéro qui donne soif"

[2] Réplique tirée du film Snatch dont voici la version officielle : « il a deux noix en bas et une noisette en haut ! C'est un véritable noisetier ambulant! »

[3] Famille des noix

[4] Le lecteur notera ici que le nombre de traces d'urine officielle est de 14

[5] Version québécoise de la cacahuète

[6] Voir le site : http://www.oboulo.com/mouridisme-culture-arachide-56014.html

[7] Tiré de la locution latine : In vino veritas


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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 12:50

 


« Les pommes de terre cuites sont tellement plus faciles à digérer que les pommes en terre cuites! »
Alphonse Allais

 


 

 

            Je suis Solanum tuberosum, je suis la pomme de Pacha Mama,  la pomme de terre.

            Je suis née tutoyant les cieux à plus de 3800 mètres d'altitude, au bord du lac Titicaca et sur les flancs du Machu Picchu. J'étais l'acolyte du sanctuaire de la création : Viracocha, Dieu créateur Inca, fit jaillir le soleil, la lune et les étoiles du lac Titicaca. Je côtoyais le berceau de l'univers, j'étais béni des Dieux.

            J'étais sauvage, libre avec une foi inébranlable et une force de vivre hors du commun qui, le fatum l'ayant décrété, m'aideraient à accomplir ma destinée extraordinaire. Mais je n'usais de cette liberté que pour me dissiper et errer sans but. Ma jeunesse désinvolte et insouciante masquait ce potentiel encore insoupçonné. Vainement, j'axais mes efforts sur mes apparats extérieurs : mes fleurs s'émancipaient en une corolle de pétales, mes feuilles doraient sous ces photons bénéfiques, ma tige pliait au gré d'Eole, délaissant mes tubercules, trésors enfouis encore méconnus. J'étais hypocrite et superficielle : j'accordais plus d'importance au faste qu'à mes valeurs intrinsèques. Je me dédaignais jusqu'à ce qu'une main experte me guide vers le droit chemin.

            Tel un tarpan en furie dompté lors d'un rodéo, ma fougue se devait d'être canalisée par un tuteur, pour que je puisse révéler mes talents cachés. Ce fut le peuple Andins, il y a 8 000 ans, qui le premier crût en mes capacités. Ils commencèrent à me domestiquer, à m'apprivoiser... non sans efforts. A force de réflexion, tâtonnement, sélection des plants, ils réussirent à me cultiver dans des terrasses irriguées et fertilisées avec le guano (déjection d'oiseaux marins). En retour, ils obtinrent ma quintessence. Je leur livrais mes secrets les plus intimes, ceux enfouis sous terre depuis des générations, à l'abri des regards indiscrets : mes fameux tubercules.

            D'une amertume désagréable au départ, ils surent me raisonner et avec les faveurs de Pacha Mama (la terre mère) m'orienter vers un goût plus sucré, apprécié des andins. J'étais indestructible à leur côté, je me sentais soutenue, comprise et mon développement croissant grâce à leur soin, tel l'élève éduqué par le maître, m'incitait à penser que ma fabuleuse aventure émergeait ! J'étais l'alliée, le socle indéfectible de l'alimentation des Andins. En remerciement, ils me vénéraient et créèrent Axomama, déesse de la pomme de terre. On m'appelait la Papas ou Mama Jatha (mère de la croissance).

            Soutenue par les deux épaules humaine et divine, ma soif inextinguible de conquête ne se tarirait jamais. Je dus patienter jusqu'à l'invasion des conquistadors au XVIème siècle, pour m'épanouir sur l'ensemble des continents. Vers la fin du XVIIème siècle, j'étais omniprésente, j'avais acquis le don d'ubiquité.

            Ma prolifération mondiale apporta une quiétude alimentaire mais elle ne se fit pas sans heurt. En effet, mon manichéisme a marqué l'histoire de l'homme : j'ai bâti des empires et édifié des cités mais aux antipodes, j'ai engendré des famines et dévasté des contrées. En permettant une souveraineté alimentaire, j'ai contribué au développement de l'empire Incas, j'ai assis la société occidentale européenne au XVIIIème siècle, après tant de disettes et famines. Ainsi, les villes ont pu croître grâce à mes ravitaillements réguliers, et la révolution industrielle s'est ancrée sous mes tubercules. Mais dans ce monde binaire, les malheurs sont les complices ténébreux des bonheurs, et après la lumière de la satiété, j'ai perpétré mes désastres sous les affres sombres de la famine. Les irlandais m'accueillirent sur leurs terres, et m'acclimatèrent sous leur latitude. Mes cultures prospéraient, à tel point, que je représentais 80 % de l'alimentation irlandaise. Quand un jour de 1845, un drame intervint : une contagion de mildiou s'attaqua à mes plants, pour devenir en quelques temps, une épidémie ravageuse, assassine de plus d'un million d'irlandais. Le mildiou décima les récoltes, avec comme corollaire la faim, le désespoir et la mort. Acculés face à cette catastrophe, sous les flammes d'Hadès et le ventre creux, une vague de désespoir emporta deux millions d'irlandais vers le nouveau monde en quête de jours meilleurs. J'ai commis des crimes contre l'humanité, des génocides, et des pans entiers de l'humanité ont été supprimés. Mais sous la balance de la justice, mes bontés l'emportent. Elles dominent par leurs actes primordiaux et historiques face aux effrois que j'ai pu causer.                                       
            Les hommes me doivent beaucoup. Les Andins, les Incas, m'ont respectée, voire divinisée. Mais longtemps en occident, j'ai été mésestimée, salie voire haïe. Beaucoup me percevait comme la plante du diable, ou une plante vénéneuse (du fait de mon appartenance à la famille des solanacées, comprenant des plantes toxiques comme la belladone, la mandragore, etc). À mes débuts, l'aristocratie européenne ne me jugeait que comme plante ornementale, méprisant mes tubercules en ne les réservant qu'aux cochons et indigents.  Délestée par la bourgeoisie française, où j'apparaissais comme le fruit du diable, certains savants me décrivant comme vecteur de la lèpre, je fus néanmoins, très vite adoptée par le peuple et ainsi classée comme le plat du pauvre. Je dois mon essor sur le territoire français à M. Parmentier, qui contribua à mon extension dans la société française. Suite à son incarcération prussienne, où la pomme de terre relevait de l'unique met accordé aux prisonniers, il découvrit mes vertus. Il me popularisera par la suite grâce :

-        à sa victoire lors d'un concours dont le but louable était de pallier les disettes - endémiques à cette époque -, en me présentant dans son rapport,

-        à l'appui des autorités. Une anecdote croustillante existe à ce sujet : avec la complicité du royaume, et grâce à sa connaissance des hommes, il faisait garder un champ de pomme de terre le jour, le laissant libre la nuit. Les habitants proches, naïfs, croyant que cette parcelle gardée devait receler des plantes rares, s'empressèrent de dérober la nuit tombée les plants de pomme de terre. Grâce à la curiosité, la convoitise et la naïveté du peuple, M. Parmentier, par cet acte introduisit définitivement ce tubercule dans l'alimentation des français.

           L'alimentation humaine a assis mon règne mondial. L'ère industrielle s'est greffée à celle alimentaire et sous ces deux fronts, la planète me vénère. Après tant d'années de dédain, j'exulte sous les louanges des « bipèdes ». 

            Je suis le tubercule de Pacha Mama, je suis la pomme de terre.

 


De la lyophilisation au tourisme de masse :

           

            Faute de récolte abondante en période hivernale, les Andins créèrent les prémisses de la lyophilisation : le chuño. Cette méthode permettait de conserver les pommes de terre pendant 5 ans ! Le principe en était le suivant : les pommes de terre récoltées subissaient pendant un mois les nuits glacées de l'Altiplano, puis plongées un autre mois dans la rivière glacée. Elles étaient ensuite étalées au sol, et les Andins les foulaient en de délicats petits pas, comme un massage ashiatsu. Et le résultat était des plus étrange : la pomme de terre était d'aspect ovoïde, blanchâtre, comme un œuf de dinosaure; et lorsque deux d'entre elles s'entrechoquaient un son métallique en émanait. Sa déshydratation étant complète, elle pouvait être conservée durant un lustre. Pour un retour à la consommation, une simple immersion dans l'eau suffisait.

            Les sages andins, soucieux de préserver les intérêts de leur tribu, décidèrent de tirer profit du chuño et de ses caractéristiques extraordinaires, pour attirer le touriste, et quelques devises sonnantes et trébuchantes. Par la ressemblance troublante avec les œufs de dinosaure, ils optèrent pour la création d'un parc du jurassique et revendiquèrent leur terre comme l'origine des T-Rex & co. Ces pommes ovoïdes étaient réparties dans trois endroits :

-        éparpillées dans une grotte d'une manière à aiguiser et susciter la curiosité du touriste,

-        choyées dans une couveuse, débouchant sur la légende andine que le Machu Picchu serait le dernier sanctuaire des dinosaures. La sempiternelle quête du Loch Ness et du Yéti ayant été testée, approuvée et certifiée, les andins surfèrent sur cette vague pécuniaire,

-        rangées dans la boutique souvenirs, située à la sortie du village, qui n'hésitait pas à vendre ces « œufs » contre une valeur de pépites. La papas était devenue une véritable poule aux œufs d'or.

            Ces tubercules blanchâtres, jonchant le sol, de par leur ressemblance avec une plage de galets, inspirèrent une nouvelle source de revenu au peuple andins, toujours basée sur le tourisme. En ornant les rives du lac de chuño, ils créèrent une plage artificielle, où l'apport de quelques parasols et cahutes, attirerait immanquablement le touriste.  Et c'est un touriste amateur d'omelette de dinosaures, et spécialiste de la farniente qui permit une vie des plus agréable au peuple andins, il y a 8 000 ans.

 


De l'origine de la frite à la diplomatie :

 

            Une lutte picrocholine sévit depuis plusieurs décennies, comme celle qui entoure le Mont Saint Michel, sur l'origine de la frite; belges et français en revendiquant la paternité. La frite, étant le symbole national de la Belgique, ceux-ci défendront avec acharnement et virulence, de par les intérêts mis en jeu,  une création belge. Mais les français ne sont pas en reste, et maintiennent que la frite est née de leur génie, ayant été vendue après la révolution de 1789 sur les ponts de la Seine sous l'appellation « pomme du pont neuf ». Néanmoins, rendons les honneurs aux belges, car, vers 1680, il s'avérerait qu'ils avaient pour habitude de consommer frit des petits poissons pêchés dans la Meuse. Lorsque la pêche venait à manquer, un ersatz, taillé et calqué sur la forme du poisson (en bâtonnet), qui n'est autre que la pomme de terre, était frit à la place.

            Pourtant, d'un point de vue international, les américains surnomment leurs frites, les « french fries ». L'hégémonie américaine porterait à croire à leur omniscience et remettrait en question cette hypothèse. Mais il n'en est rien et il est regrettable que l'incident diplomatique franco-américain, lorsque Chichi le grand, en 2003, décida de s'opposer à la guerre en Irak, n'ait pas permis de rendre à César ce qui appartient à César. Les américains orgueilleux et rancuniers, jetèrent un froid glacial sur nos relations, en renommant les « french fries », « freedom fries », littéralement les frites de la liberté. C'était à l'époque où la « liberté immuable » américaine devait s'appliquer à tous et s'appuyer sur des modèles concrets et fédérateurs ; ainsi, il faut croire que la frite devait être l'objet d'une attention particulière dans leur plan de communication. Mais au lieu de mettre en exergue leur plan de liberté capitaliste, justifiant une intervention guerrière à travers cette dénomination, nos relations houleuses et distendues auraient dû inciter les américains à renommer leurs frites : « Belgian fries ».

 


Conseil AMAPien :

 

. Pour réussir une bonne frite :

            Vous avez dû entendre que pour réussir ses frites, la friture devait se faire en deux fois (généralement deux fois 5 minutes à 160°c). Mais pourquoi diable en deux fois alors qu'une seule friteuse est présente ? Est ce le temps de repos entre les deux phases qui serait indispensable à une frite réussie ?

            Que nenni, et la réponse incitera à la surconsommation. Car les frites sont faites en deux fois mais dans deux bains d'huile différents ! Et oui, pour réussir de bonnes frites, il faudra vous munir d'une deuxième friteuse !

Explication : durant la première phase de blanchiment, les frites vont perdre de leur amidon et de leur eau, qui va se mélanger à l'huile de friture. Et les replonger, dans ce marasme est une hérésie, car pour que la frite dore, elle se doit d'être dans une huile pure et non souillée. D'où l'intérêt de posséder deux friteuses. Leur vendeur devrait s'inspirer de ce fait pour en tirer un argument de vente imparable.

 

. Conservation :

              Il faut s'abstenir de consommer les tubercules lorsque ceux-ci présentent des parties vertes, car le spectre de l'intoxication n'est pas loin. C'est pour cette raison que les pommes de terre doivent toujours être conservées à l'obscurité.


Pour aller plus loin :

 

Livre :    La grande famine, de Cecil Woodham-Smith

            Cows, pigs, wars and witches, de Marvin Harris 1974

 

Émission : Envoyé spécial : Le goût perdu de la pomme de terre     

              http://envoye-special.france2.fr/index-fr.php?page=reportage-bonus&id_article=1004

 

« L'homme qui n'a rien à se glorifier sauf de ses illustres ancêtres est semblable à la pomme de terre : la seule qualité qu'il possède, se trouve sous terre. »

                                                                                                          Thomas Overbury 

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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 10:54

            « La soupe aux choux mon Blaise, ça parfume jusqu'au trognon, ça fait du bien partout où qu'elle passe dans les boyaux. Ça tient au corps, ça vous fait même des gentillesses dans la tête. Tu veux qu't'y dise : ça rend meilleur. »

                                                                                                          René Fallet

 

            Encensé dès l'Antiquité et ce jusqu'à la fin du XVIII ème siècle, pour ses qualités nutritives et médicinales, le chou si prisé a subi la vague de scepticisme du XIX ème siècle pour devenir le chou mal aimé. Perdant de sa splendeur, il est tombé en désuétude. Il doit sa rédemption au XX ème siècle, qui remettra au goût du jour ses propriétés si exceptionnelles. Pour preuve de ses bienfaits, un frugal repas quotidien à base de chou et d'eau claire, aurait amené le célèbre Diogène à fêter ses 90 printemps ! Fervent admirateur de ce légume, je me devais de participer à la restauration de son blason et c'est d'un chou héroïque et chéri de tous, que nous traiterons ici.  

 



Le chou salvateur :

 

            Le bilan d'études oncologiques récentes met en exergue le chou commun, plus connu sous le nom de Brassica oleracea. En effet celui-ci, serait une véritable panacée, le nouveau remède miracle, après l'eau bénite, dans la lutte contre le cancer du poumon. Il aurait la propriété, grâce à ces isothiocyanates dégradés lors de la cuisson, d'abaisser significativement les risques de ce cancer, pour une consommation bihebdomadaire. En extrapolant, une consommation quotidienne de chou permettrait de fumer en toute sérénité, ad libitum, sans augurer un avenir des plus désagréables. Ainsi tout fumeur, attentif à sa santé, mais dans l'impossibilité de cesser cette addiction, n'aura qu'à se munir d'un panier et récolter des choux quotidiennement au marché (ou AMAP une fois par semaine).

            Nouvelle accueillie avec enthousiasme de la part des manufacturiers du tabac et des acteurs de la santé publique, le chou s'inscrira dans un avenir proche, à n'en pas douter, dans une campagne de prévention. Par le truchement de ce chou réconciliateur, le brandon de la discorde s'est éteint pour la première fois, entre ces deux camps adversaires de toujours. À tel point, qu'ils envisagent de collaborer dans le même but louable : la diffusion massive dans les menus des français des crucifères pour la sauvegarde des fumeurs français.

Le but des manufacturiers est des plus clairs : grâce au chou,maintenir en vie sa clientèle. « Et un client vivant, ce sont des bénéfices importants » devise d'un PDG, inspirateur du film « Thanks you for smoking ».

            Mais les apparences sont trompeuses, car l'engraissement le plus adipeux n'est pas pour celui qu'on croit. Car pour les professionnels de la santé, représentants de l'Etat, plusieurs raisons les incitent à œuvrer dans ce sens :

  . Un fumeur en vie, reste un homo œconomicus qui contribue au PIB français. (la prescription de chou sera interdite aux RMIstes et chômeurs de longue durée, voire aux handicapés).

  . Un fumeur en vie, reste un adepte du tabac. L'Etat en ayant le monopole, les taxes ne désempliront pas.

  . Un fumeur en vie, après le martellement médiatique prévu sur la consommation du chou, deviendra un coutumier de la soupe au chou. Par cet acte, il contribuera au développement de l'agriculture française, et en particulier de ce légume bienfaiteur de l'humanité. En effet, le chou, légume volumineux, dense et nutritif, est réputé être l'aliment qui donne la plus grande quantité de matière comestible au mètre carré cultivé. Il en est donc le plus rentable.

  . Un fumeur en vie, de surcroit en santé, c'est autant de cancéreux en moins, mais surtout c'est une manne économique non négligeable : l'argent économisé grâce à ces cancers épargnés s'élèverait à 390 000 000 € ! En se basant sur les faits que le cancer du poumon (il doit aiguiser sa faux régulièrement) entraîne 30 000 morts par an et une prise en charge de 13 000 € par malade. Coquette somme me direz vous ! Qui serait du plus bel effet dans le budget de la sécurité sociale !

 

            D'ores et déjà, L'INPES et le Ministère de la Santé, travaillent intensément sur le sujet, et souhaitons qu'un bref délai nous sépare de la mise en place du plan d'incitation chou-tabac.

Un de ces points principaux concernent les magasins tabac-presse. Accoutumés à vendre de vulgaire « feuille de chou », ils pourront se targuer dorénavant d'offrir le véritable légume pour toute cartouche achetée.

            Mais toute innovation, entraîne son lot de laissés-pour-compte. Et pour une fois, ce ne sont pas les ouvriers qui vont être touchés mais des cadres de santé : les cancérologues, faute de patients, se verront contraints au chômage technique. Le Ministère, dont la myopie avancée l'oblige à voir sur un court terme, se penche activement sur leur cas et envisage de les délocaliser là, où le tabac fait rage et où le chou reste méconnu.

 

 

Le chou épicurien :

 

            « Si dans un banquet tu veux boire et manger beaucoup et sans inquiétude, prends avant le repas du chou, autant qu’il te plaît, avec du vinaigre… »

                                                                                              Caton (234-149 av J.C.)

 

 

            Même avant J.C., on connaissait les vertus digestives du chou! Et son utilisation avant tout banquet orgiaque était des plus préconisée. D'ailleurs, à ce propos, écoutons Pétrone, épicurien courageux mais pas téméraire, qui par de savantes astuces s'évitent bien des ennuis gastriques :

« Avant toute libation, je prend soin de mon corps (était-ce un métrosexuel avant l'âge ?): une mono diète uvale durant trois jours. Massages stomacaux journaliers et exercices de mastication. Coloscopie. Quelques heures avant, je mange mon chou (non, pas Giton !) sur un filet de vinaigre. Durant le repas, je m'accorde quelques pauses au vomitorium, et les trous barbares (et non normands, nous sommes au temps des romains) sont les bienvenus. Pour clore les débats, je rétablit mon équilibre corporel par un régime herbivore. »

                                Texte extrait d'un manuscrit romain considéré (à tort?) comme apocryphe.

 

            En résumé, pour tous les hédonistes et épicuriens, pensez à manger du chou avant d'entamer les festivités.

 

 

L'origine du chou :

 

            L'ancêtre sauvage du chou est originaire de l'ouest de l'Europe, où il pousse encore spontanément au bord de l'océan (côtes sud-ouest pour la France).  Les Chinois surent le conserver dans la saumure, et les allemands le fermenter dans cette dernière pour obtenir la choucroute. Dans l'Antiquité, les peuples mongoles le ramenèrent en Europe où son succès ne se fit pas attendre.

            Pour ce qui est de l'évolution à travers les âges du chou et de ses nombreuses formes, je vous oriente vers le texte de  Jean-Henri Fabre, entomologiste de renom, d'une finesse et d'une splendeur rare, mêlant un brin de poésie, à un fétu de botanique. De quoi, réconcilier tout un chacun avec cette science et cet art si mésestimés.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Chou_commun

 

            Le chou de Bruxelles est quant à lui, le reflet des débuts de l'agriculture intensive. Au XVIIème siècle, face à la démographie croissante de Bruxelles, les terres arables alentours étant déjà toutes allouées à l'agriculture, il fallut toute l'ingéniosité des obtenteurs pour répondre à cette demande exponentielle de bouches à nourrir. Le m² étant complet, le m³ devait être investi. Ils créèrent donc un cultivar de chou qui croissait verticalement. Une effluve d'orgueil émane de cette pensée tridimensionnelle, certains historiens y voyant une volonté gouvernementale de montrer que le « plat pays » pouvait gagner les hauteurs.

 

            Si les enfants naissent dans les choux, c'est bien la faute aux grecs. Insatisfaits de l'origine de la vie par les cigognes, ils ont cru bon de créer leur propre légende. Les grecs servaient une soupe au chou aux jeunes mariés le matin de leur nuit de noces. Après avoir consommé le fruit défendu, il dégustait ce légume fertilisateur.

 

 

Conseil d'un vieux loup de mer édenté :

 

            Le chou, riche en vitamine C, roboratif, permit de lutter contre le scorbut marin. On ne saura trop recommander aux abonnés du ferry boat de prendre en compte ces considérations.

 

Conseil AMAPien :

 

            La cuisson prolongée du chou provoque la libération de composés soufrés malodorants. Pour les éviter, il faut le cuire dans un grand excès d'eau bouillante et l'égoutter dès qu'il est cuit.

Conseil militaire d'un zouave du XIV ème siècle :

            A tous les stratèges guerriers, adeptes d'une méthode moyenâgeuse, sachez que les guerres se gagnaient ou se perdaient selon les aléas de l'approvisionnement en chou des cantonnements de l'armée.

 

« En juin, juillet et août, - ni femme, ni chou »

                                                                                              livre des dictons

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 17:11

 

  « C'est quand les carottes sont cuites que c'est la fin des haricots. Et bilatéralement. »

Pierre DAC



 

Je suis un fruit... On m'appelle faux chervis, gironille, pastenade, pastonade... Les irlandais me nomment « miel souterrain »...Je suis originaire d'Afghanistan... Je peux être blanche, jaune, violette, rouge mais surtout orange ... on consomme ma racine... Vous n'avez toujours pas trouvé ? Derniers indices : on dit que je rends aimable...Alors, je vous sens perdu... Quand je suis cuite alors tout est perdu... Vous opteriez pour la carotte, mais l'indice initial la caractérise comme un fruit ? Impossible me direz-vous? Un fruit, quelle hérésie ! Au temps de l'inquisition, ce genre de remarque aurait valu le bûcher ! Et bien impossible n'est pas européen, mes très chers !

 


Explications :


Au sein de l'Union Européenne un règlement stipule que seuls les fruits peuvent servir de base à la confection de confitures. La confiture de carotte, étant une spécialité locale portugaise, L'UE dans sa grande mansuétude, pour en assurer sa protection, a décidé que dorénavant la carotte aurait le statut juridique d'un fruit et non d'un légume. Et un mystère éclairci !

 

Réputée pour sa production de pavot, qui selon la version officielle, sert à agrémenter nos baguettes, miches et consorts, l'Afghanistan n'en demeure pas moins le pays originel de l'ancêtre sauvage de la carotte.  Fière de ses origines et de son fleuron national, un proverbe afghan a vu le jour en leurs honneurs : « Sous les pavots, la carotte ». A prendre au sens propre, comme au sens figuré ! Le pavot ramenant des bénéfices substantiels (52 % du PIB afghan) digne d'une belle carotte.


Et une stère (deux mystères) résolu !

 

Et c'est un arc en ciel qu'arbore la carotte. Son ancêtre sauvage de couleur rouge et pourpre, apparu en Afghanistan, s'est propagé à travers les siècles et les contrées. Ses couleurs variaient du blanc au noir, en passant par le jaune, vert, rouge, pourpre et violet. Quid de la couleur orange ? Jusqu'au XVI ème siècle la carotte orange était inconnue au bataillon !


L'intervention humaine permis de combler cette lacune : et tous nous devons honorer et rendre hommage au peuple hollandais, qui par l'ingéniosité de ses obtenteurs, créa la carotte orangée. Mais cette création n'est pas le fruit du hasard : les hollandais soucieux de montrer leur allégeance à la Maison Orange-Nassau, décidèrent de créer un légume à leur couleur, témoin de leur respect. Ainsi, en croisant une variété à chair rouge et une autre à chair blanche, ils obtinrent la fameuse variété orange. A noter, que la même explication prévaut quant à la couleur orangée des maillots des sportifs hollandais (dans ce cas le croisement d'un maillot rouge avec un blanc ne s'est pas avéré nécessaire).

 

Mais pourquoi diable, tant de vénération envers la famille Orange-Nassau ? Qu'ont-ils pu apporter pour qu'un peuple en arrive à de si nobles récompenses ? Ni plus, ni moins, que l'indépendance des Pays-Bas !


Guillaume d'Orange, dit Guillaume le taciturne, est connu pour avoir été l'initiateur de la révolte des Pays-Bas espagnol contre le roi d'Espagne Philippe II. Cette guerre de quatre vingt ans mena à l'indépendance des Provinces Unies (ancêtre des Pays-Bas actuel). De plus, après cette délivrance, le pays va connaître une prospérité séculaire sans précédent, nos trente Glorieuses à nous, nommée « Gouden Eeuw ».


Le peuple hollandais n'étant pas ingrat, remercia ses bienfaiteurs par cette carotte orangée, qui destin hors du commun, allait conquérir le monde ! (Dommage que les français après la période faste des Trente Glorieuses n'aient pas créé une carotte aux couleurs du drapeau français. Espérons que l'arrivée des OGM résoudra ce problème).

 

A l'instar du céleri, la carotte, à ses débuts, n'était considérée que comme plante médicinale ou ornementale. Son côté amer et fibreux la rendait impropre à la consommation. Il fallut la main de l'homme, après une multitude de sélection, pour façonner une carotte digne de fondre sous nos palais avertis.

 

La légende voudrait que les carottes rendent aimables. Les hollandais ne devaient pas connaître l'existence d'une telle vertu, ayant attribué la carotte orange comme symbole d'idolâtrie à Guillaume le Taciturne. Ce mythe émanerait de l'entêtement bien connu de nos amis les ânes. Pour lutter contre l'inertie de ces équidés, l'ânier avait recours à la carotte ; cette friandise en guise d'appât  était destinée à stimuler la soif de découverte du monde de ces animaux trop casaniers. Et le miracle de la carotte se révélait à chaque fois : l’amabilité supplantait l'entêtement, et le mouvement, l'inertie.

           

La carotte, par le passé n'était utilisée que comme plante fourragère. La découverte du carotène en 1910, permit de populariser ce légume, et c'est à la fin de la Première Guerre Mondiale que la carotte prit son essor dans l'alimentation humaine. Selon les récits de nos paysans de cette époque révolue, une courtoisie prononcée et une affabilité empreinte de respect étaient les pendants des relations sociales des animaux de la ferme.

 

Outre son caractère phallique, la carotte serait la plante idéal pour la gente féminine désireuse de prévenir tout événement fâcheux : ses graines équivaudrait à la pilule du lendemain, et sa racine, sa couleur orangée étant à l'origine de cette croyance, serait le catalyseur et le prestidigitateur des menstruations : elle ferait apparaître les règles.

           

Conseil AMAPien :


Pour les AMAPiens désireux de conserver les vitamines et vertus de cette plante, on s'abstiendra de peler la carotte à l'économe : la peau renfermant les principaux éléments nutritifs. Un grattage infime s'avérerait judicieux, un couteau, une râpe ou une brosse étant les outils adéquats.

 

Conseil étymologique :

Je tenais également à démystifier cette étymologie farfelue sur l'expression « les carottes sont cuites », colportée par des archéologues férus de civilisation égyptienne et avides de reconnaissance : Selon eux, aux temps « pharaonesques », hiéroglyphes à l'appui, les habitantes du Caire avaient pour habitude, de bronzer sous un soleil torride, et de revenir saoules le samedi soir pour évacuer la pression de la semaine de travail ; Ce qui aurait donné ce proverbe, ancêtre du notre: « les Cairotes sont cuites ».

 

 

« Faute de pomme, contente toi d'une carotte »

Proverbe russe

 

 

Guirec

 

 

 

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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 12:00


« Ce qui me révolte : l'égoïsme. Chez les autres. Pas chez moi. Et le céleri. Chez moi. Pas chez les autres. » Francis Blanche



             Le céleri pourrait se révéler comme le futur fer de lance d'une campagne luttant contre l'obésité : il est l'un des rares aliments à « calories négatives » ; autrement dit, plus vous en mangez, plus vous maigrissez !  Sa quantité de calories est si infime que la digestion de ce légume nécessite une dépense calorique supérieure à ce qu'il apporte. Le légume idéal que tous nos contemporains attendaient. Seul légume non subversif à notre système capitaliste, il en est l'ambassadeur. Il s'imbrique parfaitement dans la logique de surconsommation avec cet argument de poids : mangez plus pour maigrir plus.

            Ainsi, en louant les mérites de cet aliment fabuleux, on pourrait rapidement atteindre une croissance exponentielle de la vente de céleri, insufflant un regain d'intérêt à ses producteurs de l'ombre. Mais tout de même, un problème persiste, l'utopie de la croissance infinie, une fois de plus ne pourra être résolue, un régime alimentaire, exclusivement basé sur le céleri entrainerait inévitablement la mort de notre régiment. Et oui, à force de perdre des calories, c'est l'inanité qui nuira à nos vies ! Et c'est un « ci-gît », qui ornera notre descente de lit !

            Dans un souci de combler le déficit budgétaire de la sécurité sociale, je propose d'instaurer ce régime au maison de retraite. De même, pour les enfants hyperactifs, une dose de céleri quotidienne devrait calmer leurs ardeurs juvéniles et ainsi éviter le recours à l'allopathie, gouffre financier que certains spéléologues pharmaceutiques refusent d'ensevelir.

            Plan de communication :  une publicité vantant ses bienfaits. Une femme dans une cuisine gambaderait sous une pluie de céleri, en disant : avec mes bottes de céleri, je maigris.
 
            Mais le céleri est plus qu'un Weight watchers naturel ! Certains le revendiquent aphrodisiaque, d'autres plante médicinale. Mais à tout laudateur son critique : la consommation excessive de ce légume prohiberait toute exposition solaire prolongée. En effet, La propriété photosensible du céleri couplé à des radiations UV ayant un indice important, pourrait entraîner de graves brûlures à nos convives amateurs de bronzage et de céleri. On proscrira par conséquent la cure de céleri à tous les inconditionnels de l'héliotropisme.

            Quant à l'origine du céleri, elle resterait assez obscure. Peut-être pour la première fois mentionné dans L'Odysée d'Homère, il serait originaire du bassin méditerranée. Son étymologie est révélatrice de son utilisation originelle : issu du latin « selinon » qui veut dire persil, le céleri ancestral aux allures de tiges fibreuses et fines, s'employait comme aromate grâce à ses graines à la  saveur proche du fenouil.

            Ce n'est qu'à partir du XVIIème siècle, probablement en Italie, que la sélection donnera nos espèces contemporaines :

- le céleri-branche (développement des pétioles entre les tiges et les feuilles)
- le céleri-rave (hypertrophie des racines)  



            Il s'imposera définitivement comme légume courant à partir du XIXème siècle, grâce à son perfectionnement en Allemagne.

            Je vous sens dubitatif : Pourquoi cette sélection du céleri ? Je ne vois qu'une explication : des militants italiens, connaissant les vertus d'amaigrissement du céleri, et disons le crûment, en ayant ras le bol de cet archétype féminin porté vers des rondeurs fortement prononcées, décidèrent que d'un céleri aromatique, nous opterions pour un  céleri consommable en légume. Ceci dans le but bien précis de rendre à la femme des proportions disons, plus soutenables. Leur plan diabolique mit plusieurs siècles, et il fallut l'appui de la publicité et la mode de mannequins anorexiques  pour qu'il réussisse.

             Particularité : Le sel de céleri, tiré du céleri rave séché et pulvérisé, sert surtout à relever le jus de tomate, les crèmes de légumes et les sauces de salade. Il est également employé dans les régimes sans sel.
                 

« Quand reviendra la Saint-Henri, - Tu planteras ton céleri. » Livre des dictons

 
Guirec
   
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16 octobre 2006 1 16 /10 /octobre /2006 10:23
L’Oie nie ; on peut juste en toucher les plumes et les voir fondre en graciles pelures.

Il y a l’œil qui pleure ; l’oiseau, dans son supplice, conserve de la posture.

Gagner ainsi non l’envolée, mais pour une pissaladière de génie, une belle poêlée.

Ne négligeant pas quelque espièglerie, il glisse à nos doigts de pieds de petites enflures.

Obligeant oignon pourtant, serviable et pas chafouin,

Nous ne saurions en rien soustraire nos petits plats à tes  soins.


Christine


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Publié par Guilbert de la Roustide - dans Des légumes et des mots...
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24 septembre 2006 7 24 /09 /septembre /2006 16:00
Cours, jette tous tes noms,  y en a tant pour te dire !

Obus de chair vert qui serpente et te cache dans le brun et le clair, tout à loisir,

Un peu courge, il est vrai, mais riche, le cucurbitacée !

Riche de s’appeler citrouille, potiron, coloquinte et encore pâtisson.

Grande famille livreuse de contes et merveilles pour nos petites Cendrillons.

Es-tu fade ou savoureuse, jolie dans tes fleurs en beignets,

Tendance vapeur ou tendance rissolée ?

Traditionnel gratin, mais œuf et crème sont-ils bien nécessaires ?

Elémentaire, voire crue, ail et herbes, je te préfère.

Christine

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Publié par Guilbert de la Roustide - dans Des légumes et des mots...
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18 septembre 2006 1 18 /09 /septembre /2006 09:52
Tôt, ma hâte d’été, descendrai au jardin.
 
Offrandes d’amour suspendues,
 
Maturité de feu venue à des anges joufflus.
 
A cueillir ainsi les seins de la terre au creux des mains,
 
Tremblerai un peu d’inciser, servir fraîches ou farcies, ou leur sang
en coulis.
 
Enverrai, s’il le faut, ces grenades vivantes, éclater de colère contre la bêtise ou la mélancolie.


Christine

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Publié par Guilbert de la Roustide - dans Des légumes et des mots...
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18 septembre 2006 1 18 /09 /septembre /2006 09:43
Pour lancer le mouvement, je vous propose:

    Acrostiches sur quelques légumes

 

Acrostiche : poème où les initiales de chaque vers, lues dans le sens vertical, sont constituées des lettres du mot-clé.

J’ai de plus suivi deux règles complémentaires :

        - que s’entendent dans le cours du texte les syllabes à la suite qui forment le mot (avec quelque liberté)

         - qu’on y trouve au moins une allusion indirecte à un sens non littéral du mot : sens figuré, autre usage qu’alimentaire, expression du langage intégrant le mot…).


Christine.

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18 septembre 2006 1 18 /09 /septembre /2006 09:32
Voici une nouvelle rubrique pour faire se rencontrer les légumes et des mots écrits ou à écrire à leur propos.

 Pour ce rendez-vous qui mêlera les plaisirs de la langue:

       - écrivez et envoyez des textes que vous inspirent les légumes (poèmes, récits, fictions, chansons, blagues et toutes fantaisies)

    - recherchez, découvrez et envoyez tout petit texte utile d’auteurs

 A vos plumes savoureuses.


Christine.

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