SAISON 22 : du 10 octobre 2016 au 10 avril 2017

Assemblée générale de l'association le 13 mars 2017

 

Envie de nous écrire ?

Ecrivez à l'association ou au webmaster en cliquant ici.

 

N'hésitez pas à laissez des commentaires au bas des articles. Merci de signer d'un nom et d'un mail, ou nous pourrions supprimer vos écrits...

4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 12:28

 

Bonjour,
 
Guirec a voulu ecrire une petite nouvelle à partir de notre sortie amapienne en Barquette et il a pensé qu'on pourrait la publier sur le blog pour partager ce moment avec tout le monde, donner envie aux gens de participer aux groupes animation (puisque l'idee vient de là) et de proposer des choses à faire ensemble.
 
Emilie


L'hache entre deux eaux

 

Tout commença (remarquez que l’histoire ne tient qu’ à un fil, parfois) lorsqu’Yves, radieux (à cause du vin d’apéro ?), lors d’une réunion amapienne, lança sans faire de vague : « Et une ballade en mer, ça vous tente ? »

 

                                                           ********

 

« Pourquoi ai-je accepter ce voyage ? Il est 14h et je passe mon trajet à nourrir les poissons … j’ai un mal de mer foudroyant » pestais-je, le visage livide.

 

                                                           ********

 

Tous, répondirent en chorus, avec allégresse (peut-être du aux trois bouteilles de Châteauneuf du pape):

Magnifique !

 

                                                           ********

 

Emilie me fit remarquer que j’aurais dû annuler, en prétextant comme Nicolas, à un mal de mer subite, le matin du départ. Les yeux dans le vague et le roulis dans l’estomac, j’opinais d’un hochet timide de la tête.

Elle ajouta que cette excuse digne d’un gentleman, nous laisse supposer que ce mal de mer lui est apparu dans la nuit précédant le départ, à l’instar des dates de péremption qui transforment tout aliment en redoutable tueur d’homme.

 

                                                           ********

 

Yves, la joie au cœur (les avantages du trou normand à n’en pas douté) arrêta la date de cette sortie et le groupe de s’écrier, enthousiaste (le pousse café sûrement) :

« Génial !».

Ici, je tiens à faire remarquer au lecteur le langage peu évolué, voire primaire d’un groupe. Ecoutons l’anthropologue Gérard Menvusa, spécialiste des tribus Vrognes d’Amazonie :

«  Le groupe a besoin de l’éther et d’un chef pour exister. Ici, toute les conditions sont réunis pour que cette ballade se déroule sous les meilleurs hospices ».

Merci beaucoup Pr Menvusa pour cette interprétation remarquée.

 

 

 

            L’histoire ne tient qu’à un fil ou à quelques rasades. Et c’est ainsi que nous nous retrouvâmes, Mireille, Laurence, Emilie, Jean-François, Yves, Julian et moi-même, devant la douane sur le Vieux Port pour embarquer sur la barquette.

D’une longueur de 8m pour une largeur de 3 m, elle est motorisé, avec néanmoins un mât pour la déco (la voile manquant). Constituée d’une cabine pour stocker les victuailles, elle offre un pont idéal pour installer 9 personnes.

 Yves, matelot renommé de l’association Boutdemer, nous proposa de découvrir l’opération « faire le plein ». Action qui consiste par arrimer la barquette à la station essence, à héler le pompiste, qui complaisant, vous délivre une « pompe à essence », long tuyau relié à une citerne, se terminant par un bec verseur adapté pour s’encastrer dans tous les réservoirs des clients (vous ne verrez plus les pompes comme avant, avec cette définition).

Cahin-caha, Yves à la barre (notez l’accent sur le a, indispensable à la bonne compréhension de la phrase), notre petite barquette sortait du Vieux Port, pour se diriger dans les eaux calmes de la Méditerranée.

On se sentait bien seul dans ce Lacydon, où seule l’activité du Ferry-boat venait concurrencer notre départ. Ce cimetière flottant n’est plus que l’apanage de riches avides de brillant, décor de carte postale pour touristes, avides de lieux typiquement marseillais. Le genre de touriste qui vous demande où se situe la place Mistral de « Poubelle la vie ».

 

                                                           ********

 

                        Aparté : réflexion philosophique sur le métier de conducteur de ferry-boat

 

 

Quel statut, croyez-vous, possède l’homme du ferry boat ? Ou quel statut se donne-t-il ? Marin ! A n’en pas douter ! Par conséquent, se voyant affubler d’une telle casquette, il doit adapter son discours pour maintenir le mythe du marin aux yeux de tous (enfin surtout à ceux de ses groupies). Voici un résumé de ses plus belles répliques :

- « Je fais plus de 20 milles par jour » (comprendre 15 allers-retours de 100m par heure, et ce durant 8h par jour)

- « Je suis le capitaine de mon Ferry ! »

- « Tu sais la mer, c’est aussi la solitude ; je suis un vieux loup de mer ermite en quelque sorte. (comprendre le Vieux Port est désert en activité maritime)

- « j’ai une femme dans chaque rive ! »

- « Oui je connais ce vieux grognon de Kerzauzon qui a dit : A Marseille, il ne pleut que sur les cons ! » Faut-il en déduire que nous sommes tous intelligents ?

- « Je combat les éléments quotidiennement » (comprendre : subir les assauts des vaguelettes d’un autre bateau)

- « Je transporte gratuitement mes passagers pour leur offrir une part de rêve, leur faire vivre les émotions que nous, marins, nous ressentons. »

- « j’ai deux trajets favoris  : la route des Indes ( le restaurant indien sur la rive gauche), et la voie du chocolat péruvien (la chocolaterie du Panier, rive droite).

 

Note de l’auteur : Par cet entracte, nous ne tenons pas à décrédibiliser la profession méritant de Ferry-boatman.

 

                                                           ********

 

La chanson de Renaud dans la tête, nous nous dirigeâmes vers les îles du Frioul, pour aborder une petite calanque, à l’abri du vent, lieu de notre dégustation culinaire. Car, bien entendu, toute réunion amapienne ne peut s’orchestrer sans un festin digne de ce nom. Et tout ne fut qu’émerveillement visuel et gustatif : de la charcuterie corse à du labmé avec du Tahatar, en passant par de l’houmous, tapenade, tomate cerise, melon, omelette poivron-oignon, associé à du pain de qualité (provenance bio, marché paysan,…), le tout parachevé par le nectar des dieux. Nos amapiens étaient au comble de l’extase.

J’en ai déduit cette maxime : « Qui n’est pas épicurien, n’est pas amapien ! »

Au fond, nos pensées convergeaient toutes vers le même état d’âme, ce moment n’était pas tant pour la sortie que pour ce partage convivial d’un repas digne des rois.

Après ces délices, c’est dans une mer lisse, qu’Yves et Julian décidèrent d’entrer en lice, par un ballet aquatique complice. Malheureusement, il fut interrompu par le passage de la police.

Nos deux douaniers, pénétrant dans nos eaux territoriales, s’empruntèrent d’un bonjour insidieux, (qui ne laissaient aucun doute quant à leur velléités), espérant par cet acte incongru, se convier aux festivités.

La réplique se fit sèche et sans équivoque, et nos deux mouettes volèrent vers d’autres cieux plus propice.

Nous ne connaissions pas encore l’exemple d’une sinécure : cette intrusion policière y a remédié.

 

L’architecture du Frioul est paradoxale : on se prend à croire que les architectes militaires sont meilleurs que ceux du civils. De notre calanque s’élevait un vaste bâtiment multicolore de type hôtelier sûrement, qui s’intégrait si idéalement dans le paysage, qu’on se surprenait à aimer les bunkers florissant la côte.

 

Le ventre plein, les idées claires, il était temps de reprendre la mer. « Destination l’île Tiboulen, une demi-heure de traversée. » nous indiqua Yves, cheveux mouillés au vent (Yves n’a pas suivi les conseils ancestraux des grands- mamans, préconisant le port d’un bonnet ou casquette, voire béret, ainsi qu’un séchage intégral).

Jean-François (JF), en bon second, décida de consulter les cartes maritimes. Elles eurent sur lui un fort effet, et l’ivresse des profondeurs s’immisça en lui. On l’entendait parler tout bas : « plus que 3m de profondeur! Et là, il n’y en a que 6 ! Entre les deux îles seulement 3m !  Incroyable ! » Un capitaine Nemo était né.

Yves, parfaitement renseigné sur l’état actuels des profondeurs, sut louvoyer entre les écueils et récifs bordant les îles. Une fine équipe était constituée, avec Laurence dans le rôle du sonar à plongeur.

Sans encombres, nous contournâmes l’île et décidions d’engager le retour sur Marseille en suivant l’itinéraire côtier, en commençant par les Goudes (« 12 m! » cria JF), paradis isolé des pêcheurs marseillais.

A l’approche du rivage, le littoral se distinguait nettement, et Mireille, précieuse en guide touristique, nous fît un topo des bâtiments côtiers. « La maison en jaune, surplombant la mer, appartient à un avocat. », « Ici, la légion a sa plage privée ! », « l’impératrice Eugénie n’aimait pas le Palais du Pharo, et ainsi son empereur de mari qu’était Napoléon III, le légua à la ville ! »

Elle nous conta également l’histoire de ce petit fort, situé sur une île en face de Malmousque, où son propriétaire pour le 31/12/1999, décida d’organiser une grande réception pour le saut dans le deuxième millénaire, dans son fortin. Invités triés sur le volet, c’est une cohorte standing et classieuse qui se rendit en bateau sur l’île, affrété pour l’occasion (peut-être l’homme du Ferry-boat faisant des extras).

Néanmoins, les débuts idylliques subirent une mutation climatique, et le rêve vira au cauchemar : la tempête qui opéra ce jour là, disséqua les câbles électriques, plongeant nos convives dans les entrailles de l’obscurité, et le salon apprêté dans des couleurs chaudes et chatoyantes, devint une chambre froide.

La mer déchaînée, les vagues venaient se fracasser contre les parois du fortin, semant le vent de la panique dans cette foule médusée.

La viande avariée de riches, de surcroît stressée, et malgré les principes de conservations respectés (grâce à la chambre froide) étant impropre à la consommation, on décida de secourir nos malheureux bourgeois.

Au final, restons humbles et ayons des envies, disons, plus terre à terre !

« Ici,  il n’y a que 4m et les alentours sont truffés d’écueils. Prudence, Yves ! », objecta JF, en guise de conclusion.

 

Ayant aborder le désespoir de nos amis rentiers, il se devait, en ces temps de récession et d’instabilité financière, d’aborder celui des pauvres. On développa le sujet de l’assurance étatique qui couvre les deniers des particuliers jusqu’à un plafond de 70 000 €, l’excédent étant perdu. On pensait donc que les riches devaient trembler dans leurs chaumières et Julian, fort à propos, eût cette pensée : « Finalement, on a de la chance de ne pas être riche ! »

 

Le soleil touchait à son terme et délivrait ces dernières flèches rosées. Sous une écume foisonnante, nous retournions parmi le monde des piétons.

 

Après cette excursion maritime, l’effervescence battait son plein. Femmes et enfants étaient venus pour nous accueillir après ce long périple ; même l’homme du Ferry-boat était là pour nous soutenir ; entre marin, on se comprend.

Le pied sur la terre ferme, la bise d’adieu fut de mise, avec la promesse de réitérer cette prouesse.

Chacun vaquait à ses occupations, quand JF, ayant pris les devants, et le volant de sa voiture, transgressa le code de la route, en réalisant un magnifique demi-tour sur l’autoroute jouxtant le Vieux Port. Par cet acte, JF confirma qu’il s’était accoutumé à la vie locale marseillaise.

 

Pour les plus téméraires, la soirée se termina sous les rires d’un match d’improvisation.

 

Le bonheur en barquette !

 

 

 

P.S. : Ce récit a été quelques peu romancé. La vérité étant impossible à atteindre, autant enjoliver une réalité déjà enivrante (mais la réalité n’est elle pas une vaste illusion ?)

J’espère que mon humour sera pris dans le bon sens et c’est avec un grand plaisir que j’ai créé ces personnages. Et mon mal de mer n’était que fictif !

 

Guirec

          à noter que les vrognes dans un désir de s’ouvrir au monde et à l’occidentalisation, se sont équipés d’internet et souhaite dorénavant, suite à un conciliabule tribal, s’appeler : les e-vrognes

          L’actualité du Professeur se décrit par l’analyse de la conception de poche par le clan des Trons et son influence sur la tribu.

Partager cet article

Repost 0
Publié par Guilbert de la Roustide - dans La vie des amapiens
commenter cet article

commentaires